La collective du CHUV: Porter chance

Hyper Saisons

Des tours de cageots ou de culottes.
Des arbres roses où se cachent des têtes.
Les artistes cherchent pourtant à nous faire voir autre chose : la place du corps dans la société. Et plus particulièrement le corps hors norme, le corps blessé. Malgré tout, leurs œuvres dégagent une forme de poésie et d’humour.

En partenariat avec CIRCUIT Centre d’art contemporain, Lausanne.

HYPER SAISONS est un parcours de six expositions d’art contemporain.
Une saison désigne une période qui a un début et une fin, elle évoque aussi un cycle.
Quant au mot hyper, il signifie l’excès. Dans le jargon médical être en hypo ou en hyper est le signe que le corps passe à un état de maladie. En revanche, dans un monde extérieur dominé par la performance, l’« hyper » devient une forme d’idéal.
Ce titre utilise deux mots qui, mis ensemble, restent énigmatiques : ces Hyper saisons, sont-elles malades ou excessives ?
Les œuvres interrogent le rapport que la société entretient aujourd’hui avec la notion de limite, qu’elle concerne les corps vivants ou l’environnement.
À travers ses sculptures et ses vidéos, Nour Asran explore l’idée du corps-machine et les conséquences environnementales de la surconsommation.
Laurent Faulon, quant à lui, anthropomorphise des objets du quotidien, notamment des lavabos, mais aussi des arbres afin de confronter les modes de vie humains aux incohérences qu’ils produisent.
Adrien Fregosi, décédé en 2024, évoquait les tensions intérieures faites d’émotions antagonistes, telles que la peur et la joie, au sein d’une même œuvre, en utilisant les codes narratifs de la bande-dessinée américaine, et la simplicité et l’urgence technique du graffiti.
Les œuvres de Delphine Reist possèdent une dimension ludique : les objets prennent vie, se transforment tout en restant eux-mêmes. Des culottes superposées de formes différentes, deviennent des bols, des vases ou des plantes.
Le registre du jeu permet aux œuvres de dialoguer et par contraste, rendent les questionnements présentés plus intenses. Ce parcours d’expositions, qui réunit des œuvres d’artistes liées par l’amitié, invite ainsi à revenir aux émotions.

HYPER SAISONS 1

Nour Asran

Ceremony pour un cyborg
Des formes organiques en terre sont reliées par des tuyaux qui se déploient en réseau dans l’ensemble de l’installation. Le choix de la terre pour façonner un cœur n’est pas anodin. De nombreux récits originels évoquent la terre comme matière créatrice, dont l’être humain serait issu, notamment dans le récit de la Genèse.
Un cyborg est un être de science-fiction qui combine des caractéristiques humaines et des éléments mécaniques ou électroniques  et est une réponse au désir de dépasser les limites du corps.
Cette réflexion prend une résonance particulière dans le contexte de la santé, où l’hyperspécialisation des soins tend à fragmenter le corps, assimile les organes à des machines et conduit au remplacement des parties jugées défaillantes.

Vidéo
Un corps en mouvement, entre danse ou acte rituel. L’habit est à la fois une parure, mais pourrait aussi être un prolongement du corps, relié par les végétaux à la nature dont il cherche à se rapprocher ou à en obtenir des faveurs. Les matériaux de construction (tuyaux, mousse expansive, bleu de travail) évoquent quant à eux l’aspect de la (re)construction.

Laurent Faulon

Trognes - Paréidolie
Avec la participation de Alejandro Chontal Estrada | Michel | Céline Perrin | Laïlah Simonds Les œuvres en papier mâché ont été réalisées avec l’aide des bénéficiaires des Ateliers de réhabilitation à CERY, où l’artiste est resté plusieurs mois dans l’espace de résidence d’artiste professionnel VU.CH.

Voir des formes familières (visages, animaux) dans des taches ou des objets révèle le besoin de créer du sens. Ce phénomène, appelé paréidolie, se retrouve dans les œuvres en papier mâché.
Les Trognes à l’ESPACE CHUV : ces grands arbres, fabriqués en papier de toilette rose, convoquent de différentes façons le corps (carnation et matériau lié à l’intimité). Un trogne désigne un arbre dont les branches ont été coupées et qui développent des renflements à l’aspect parfois monstrueux. Cette pratique aujourd’hui contestée pour des raisons notamment esthétiques fait écho à la manière dont la société traite et invisibilise les corps jugés dérangeants ou blessés. De plus, l’œuvre n’est pas dépourvue d’ironie, des forêts entières sont abattues pour confectionner du papier hygiénique (qui reste un marqueur social et culturel) comme celui qu’utilise l’artiste pour réaliser ses arbres.

Idéal standard, ce nom réunit deux mots de sens opposés, car ce qui est idéal ne peut pas être standard, bien que la société ait tendance à normaliser l’idéal.
Dans ce titre, Laurent Faulon joue avec la question de la norme. Idéal standard est à l’origine une véritable marque de lavabo. Alors que les lavabos réalisés par l’artiste n’ont quant à eux rien d’une production en série industrielle. Au contraire, chacun est différent, porte un nom et les traces de fabrication sont visibles, comme les pressions exercées par le corps de l’artiste : empreintes de doigts, déformations des contours.
Dans la série complète, un large panel de couleurs, du clair au foncé évoque différentes teintes de carnation. Certains présentent des boutons ou des grains de beauté, renvoyant ainsi explicitement aux corps. Si l’aspect décalé de ces œuvres peut faire sourire, le choix d’un objet lié à l’hygiène pour parler du corps n’est pas anodin et ouvre une lecture bien plus grinçante.

Adrien Fregosi

Le parcours d’Adrien Fregosi (1980 – 2024) et son expérience de la maladie sont indissociables de son œuvre. La couleur noir contraste avec des teintes pastel, formant deux pôles entre lesquels circulent des émotions tantôt lourdes, tantôt légères.
Les figures humaines et animales – notamment les chiens – adoptent des postures familières, évoquant des personnages de bande dessinée ou de cartoons qui invitent à (se) raconter des histoires. L’usage du spray, emprunté au graffiti, suggère un décor citadin, mais répond aussi à l’inconfort généré par la maladie qui impose une urgence d’exécution.
Les visages, dont l’expression se concentre souvent dans le regard, semblent parfois se dissoudre en larmes. Les contours n’étant pas nets, à l’image des nuages : plus ils sont proches, plus leurs formes se dérobent, induisent une forme de porosité entre les monde réel et imaginaire, mais aussi entre la vie et la mort.

Delphine Reist

En superposant des formes issues de culottes ou de cagettes – dentelles de nylon ou plastique – Delphine Reist compose des images qui font penser à des plantes, des troncs d’arbres, tout en conservant leur identité et l’imaginaire collectif relatif à ces objets.
L’installation globale à l’ESPACE CHUV évoque un paysage qui invite à interroger les corps humain, animal et végétal. Derrière l’horizon de couleurs pastel, se manifestent les effets d’un système néolibéral qui transforment les corps en marchandises.
Fidèle à sa démarche, Delphine Reist dialogue avec le lieu, ici, l’hôpital. Ce contexte instaure un va-et-vient entre les œuvres, les émotions et les réflexions qu’elles suscitent, et le lieu lui-même – ce qui s’y joue et la manière dont cela est vécu. Ce paysage pourrait-il alors devenir un espace pour questionner, voire détourner, certaines limites.

Espace CHUV


Bâtiment hospitalier principal
Hall d’entrée
Rue du Bugnon 46
1011 Lausanne

Jusqu’au 7 juin 2026


Ouvert au public en tout temps


VERNISSAGE


Jeudi 12 février 2026
à 18h

HYPER SAISONS 2

Laurent Faulon
Adrien Fregosi

Pour en savoir plus sur la proposition d’Adrien Fregosi et Laurent Faulon, se référer ci-dessus.

Espace Cery


Hall principal
Route de Cery 60
1008 Prilly

Jusqu’au 7 juin 2026


Ouvert au public en tout temps

HYPER SAISONS 3

Nour Asran
Delphine Reist

Espace Mercerie


Rue Mercerie 22
1003 Lausanne

Du 4 avril au 7 juin 2026


Ouvert tous les samedis
de 11h à 14h

HYPER SAISONS 4

Delphine Reist

Le travail de Delphine Reist fonctionne comme un reflet de certains objets présents dans la bibliothèque, mais qui dysfonctionnent ou auraient leur propre vie.
L’encre qui s’écoule de l’imprimante crée une tension, entre une image catastrophique et chatoyante.
Quant aux punaises, elles évoquent des confettis. Elles s’animent et développent un comportement autonome et déviant, rappelant peut-être aussi des cellules vivantes.

Bibliothèque universitaire de médecine


CHUV/BiUM
Chemin des Falaises 2
1005 Lausanne

Jusqu’au 7 juin 2026


Lundi à vendredi de 8h à 22h
Samedi et dimanche de 9h à 21h

HYPER SAISONS 5

Delphine Reist

Un papier peint bleu et blanc, confectionné avec des pantalons de travail mis tête bêche, laisse apparaître des figures dansantes. À proximité, quatre tableaux d’empreintes de fer à repasser sont disposés de façon à instaurer un dialogue visuel.
Cette installation dans le hall, traversé chaque jour par le personnel de l’hôpital, questionne la limite entre l’espace privé et l’espace public ainsi que la répartition des tâches.

ESPACE BUGNON


Rue du Bugnon 21
1011 Lausanne

HYPER SAISONS 6

Nour Asran
Adrien Fregosi

Un palmier prend racine dans un ballot de cartons compressés.
Cette œuvre montre un cycle étrange, l’arbre semble se nourrir d’autres arbres, transformés en carton. Elle met en évidence plusieurs paradoxes : les cartons arrivent avec des marchandises importées, puis repartent sous forme de déchets.
Lourde et imposante, la sculpture met en tension les héritages capitalistes et colonialistes, du palmier réduit à un motif décoratif dans nos paysages à l’exploitation du travail des personnes immigrées.

CIRCUIT Centre d’art contemporain


Av. de Montchoisi 9 (accès quai Jurigoz)
1001 Lausanne